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Radio Digital Transformation

Pourquoi Stingray a acheté TuneIn – et ce que cela signifie pour la radio

By Audio Distribution, Monetization, Radio Digital Transformation

Quand Stingray a annoncé l’acquisition de TuneIn pour 175 millions de dollars en novembre 2025, la plupart des analyses se sont concentrées sur le montant de la transaction ou sur les récents problèmes de TuneIn. Mais c’est passer complètement à côté de l’essentiel.

La vraie histoire derrière cette acquisition est à la fois plus simple et plus révélatrice de la direction que prend l’industrie audio. Pour comprendre ce que Stingray a réellement acheté – et pourquoi ça compte pour la radio – il faut regarder au-delà des chiffres du communiqué de presse et se concentrer sur une seule question : quel problème cette transaction résout-elle ?

Le puzzle de la monétisation

Commençons par les fondamentaux de TuneIn. La plateforme touche 75 millions d’utilisateurs actifs mensuels dans le monde et donne accès à plus de 100 000 stations de radio, ainsi qu’à des podcasts, à la musique, au sport et à l’actualité. Elle est distribuée sur plus de 200 plateformes et appareils connectés. Par n’importe quelle mesure, TuneIn a atteint une échelle significative.

Pourtant, quand on regarde les chiffres de revenus, quelque chose d’intéressant émerge. TuneIn devrait générer environ 110 millions de dollars de revenus en 2025. Faites la simple division : ça donne environ 1,47 dollars par utilisateur et par an. Pour une plateforme de cette envergure, le revenu par utilisateur est étonnamment bas, bien plus faible que celui que la plupart des stations de radio génèrent encore avec leurs audiences de diffusion traditionnelle.

Ce n’est pas une critique du modèle de TuneIn. C’est en fait la clé pour comprendre pourquoi cette transaction a du sens. TuneIn a construit une distribution massive mais n’a jamais complètement résolu l’équation de la monétisation. Pendant ce temps, la plupart des diffuseurs radio ont une forte monétisation de leurs audiences existantes, mais voient leur avantage de distribution – la bande FM – s’éroder lentement.

Stingray a regardé cette situation et y a vu une opportunité de combiner ce qu’elle fait bien (infrastructure de monétisation, technologie publicitaire) avec ce que TuneIn fait bien (distribution à grande échelle). Mais il y a une raison plus spécifique pour laquelle cette transaction a eu lieu, et elle a à voir avec l’automobile.

La distribution migre vers l’IP – et TuneIn y est très fort

Quand Eric Boyko, PDG de Stingray, a annoncé l’acquisition, il a été explicite sur ce qui l’enthousiasme le plus : étendre la portée dans le secteur automobile. TuneIn est intégré à plus de 50 systèmes audio embarqués chez plusieurs constructeurs. Ce n’est pas seulement une fonctionnalité sympathique. C’est de plus en plus le point d’accès principal à l’audio dans les véhicules.

Tesla a récemment annoncé le retrait de la radio FM et AM de ses voitures, ne comptant plus que sur l’audio connecté à Internet. Ça semblait être du typique Tesla : provocateur, en avance sur le marché, peut-être trop agressif. Mais à mesure que les systèmes connectés deviennent un équipement standard plutôt qu’une option premium, le calcul change. Une fois qu’on a un tableau de bord entièrement connecté avec une interface riche, maintenir un tuner analogique commence à ressembler au maintien d’une technologie d’antan juste pour la continuité.

Les autres constructeurs n’ont pas encore suivi l’exemple de Tesla, mais la direction est claire. Les nouveaux véhicules traitent de plus en plus l’audio IP comme le moyen de distribution principal, la FM devenant une solution de secours ou une option “historique”. Cette transition ne se fera pas du jour au lendemain, car le cycle de remplacement automobile est lent, avec un véhicule restant en moyenne plus de 12 ans sur la route. Mais c’est précisément pourquoi c’est important pour la radio. Une transition lente reste une transition, et la fenêtre pour se positionner du bon côté est plus étroite qu’elle n’y paraît.

TuneIn a résolu le problème de distribution il y a des années en s’intégrant dans les systèmes automobiles avant que la plupart des diffuseurs ne réalisent que c’était le champ de bataille critique. Stingray vient d’acheter une arme formidable pour gagner cette bataille.

Pourquoi la monétisation IP change l’économie

Le passage de la FM à l’IP n’est pas seulement une question de technologie de distribution. Ça change fondamentalement ce qui est possible avec la publicité.

La diffusion FM est anonyme. Vous transmettez un signal et n’importe qui avec un récepteur peut l’écouter. Vous connaissez votre audience totale grâce aux mesures d’audience, mais vous ne savez pas grand-chose sur les auditeurs individuels en temps réel. Votre publicité est au mieux ciblée de manière très simple – vous pouvez choisir la tranche horaire et le format, mais c’est à peu près tout.

Le streaming IP inverse complètement cette dynamique. Soudainement, vous avez accès à des données que la FM ne pouvait jamais fournir : localisation (géo-ciblage, proximité de magasins), profil (âge, centres d’intérêt, historique d’écoute), comportement (trajet domicile-travail vs. conduite de loisir), contexte (météo, trafic, heure, etc.), appareil (modèle de voiture, options, etc.). Ça ouvre la porte à un ciblage bien plus sophistiqué.

Imaginez que vous ayez besoin de recharger (ou faire le plein de) votre voiture, et que vous approchez d’une station qui propose aussi d’excellents sandwichs ou un café raffiné. Il serait tout à fait logique que la station vous cible avec une publicité pour son offre.

Il ne s’agit pas d’être intrusif ni effrayant. Il s’agit de l’économie de base de la publicité numérique. Un annonceur paiera significativement plus pour une impression qui atteint exactement qui il veut, quand il le veut, dans le contexte qu’il veut, que pour une impression de diffusion qui touche une audience générale. Pour cette raison, les CPM via l’audio IP ciblé sont nettement plus élevés que les tarifs FM traditionnels.

Comme Eric Boyko, PDG de Stingray, l’a mentionné dans La Presse: « TuneIn vend déjà de la publicité à bord des Tesla, et notre stock est entièrement vendu, au prix le plus élevé. En auto, on connaît le profil de la personne qui conduit, on connaît son modèle d’auto et on sait où elle se trouve. Soudain, on peut monétiser tout ça. On peut générer de 1 à 16 $ l’heure par auto connectée. »

Donc, quand il parlait de fusionner l’infrastructure de Stingray avec la portée de TuneIn, il parlait vraiment d’appliquer une monétisation sophistiquée à une large audience actuellement sous-monétisée. TuneIn a construit les tuyaux. Stingray apporte la machinerie pour extraire bien plus de valeur de ce qui y circule.

La bataille pour l’interface

Il y a une lecture stratégique plus profonde de cette acquisition qui va au-delà de simplement améliorer le revenu par utilisateur de TuneIn. Stingray se positionne pour devenir quelque chose de plus fondamental : l’interface audio par défaut à l’intérieur des voitures connectées.

Pensez à la façon dont l’audio fonctionnait à l’ère analogique. Le tuner FM était l’interface. Les auditeurs allumaient leur voiture et la radio était juste… là. Les stations se battaient pour les présélections, mais l’interface de base – le tuner – était une infrastructure neutre à laquelle tout le monde pouvait accéder de manière égale, que vous soyez une radio nationale ou associative.

À l’ère de l’IP, l’interface elle-même devient un actif compétitif. Les constructeurs automobiles doivent offrir de l’audio à leurs clients, mais ils ne veulent pas construire et maintenir leurs propres plateformes audio. Ils veulent une solution clé en main : quelqu’un qui peut agréger le contenu, gérer l’infrastructure technique, s’occuper de la publicité et offrir une opportunité de partage de revenus.

C’est précisément ce que TuneIn offre, et exactement ce que Stingray peut maintenant monétiser plus efficacement. Ensemble, ils peuvent approcher les constructeurs automobiles avec un package complet : accès à plus de 100 000 stations de radio plus d’autres contenus audio, une interface testée que les utilisateurs connaissent déjà, une technologie publicitaire sophistiquée qui crée un nouveau flux de revenus pour le constructeur, et la capacité opérationnelle pour tout gérer en coulisses.

L’industrie de la radio a reconnu cette menace. Des initiatives comme Radioplayer ont émergé précisément pour créer une alternative contrôlée par l’industrie : une interface unifiée qui garde les stations de radio en contrôle de la relation avec l’auditeur tout en fournissant l’agrégation et l’infrastructure technique que les constructeurs automobiles veulent. Mais le défi des solutions menées par l’industrie est toujours le même : elles nécessitent une coordination entre concurrents, un consensus sur la stratégie et les choix éditoriaux (quelle radio mettre en avant, par exemple), et un investissement soutenu sans retour immédiat. Pendant ce temps, les plateformes commerciales comme TuneIn peuvent bouger plus vite, prendre des décisions autonomes et offrir aux constructeurs automobiles une négociation plus simple avec un seul partenaire plutôt qu’un consortium industriel.

Si la stratégie de Stingray fonctionne, si TuneIn devient l’expérience “radio” par défaut à l’intérieur d’une portion significative des nouvelles voitures connectées en Amérique du Nord et ailleurs, alors la plateforme contrôlera quelque chose d’extrêmement précieux : la relation directe avec les auditeurs dans les véhicules. Les stations de radio seraient toujours disponibles via TuneIn, mais TuneIn (et Stingray) posséderaient l’interface, les données, l’inventaire publicitaire et la relation directe avec à la fois le constructeur automobile et l’auditeur.

Pour les diffuseurs radio, ça devrait être préoccupant. Vous passez d’un monde où vous contrôliez la transmission et aviez une relation directe (à sens unique) avec les auditeurs, à un monde où vous êtes une source de contenu parmi des milliers à l’intérieur de la plateforme de quelqu’un d’autre, accessible via l’interface de quelqu’un d’autre, avec quelqu’un d’autre qui possède la relation avec l’auditeur et la meilleure part de la monétisation.

Pourquoi la radio doit agir maintenant. Avant qu’il ne soit trop tard

Une réponse naturelle à tout ça est : « Mais la FM est encore énorme. Les gens écoutent encore majoritairement la radio dans leurs voitures. On a le temps de régler ça. »

C’est à la fois techniquement vrai et stratégiquement dangereux. Tout d’abord, il est important de garder à l’esprit que selon l’AAA (American Automobile Association), 29 % des conducteurs américains utilisent maintenant leur téléphone pour du contenu audio en conduisant, un pourcentage qui a presque doublé depuis 2014.

Ensuite, une telle réaction est typique des différentes étapes du déni lors d’une transformation numérique. De « c’est marginal » à « rencontrons les politiciens et essayons de pousser pour de la régulation ».

Oui, aujourd’hui l’écoute FM domine encore l’audio en voiture. Oui, la transition vers l’IP prendra des années, possiblement une décennie ou plus, parce que le cycle de remplacement automobile ne peut pas être compressé.

Si vous êtes un diffuseur radio et que vous attendez que l’écoute IP devienne la majorité de l’audio en voiture avant d’investir sérieusement dans le streaming, CarPlay, Android Auto et les relations avec les constructeurs automobiles ou les OEM, vous avez déjà perdu. Les voitures sur la route en 2035 sont en train d’être conçues maintenant. Les partenariats entre les plateformes audio et les OEM se forment maintenant. Les interfaces qui deviendront familières à des millions de conducteurs sont testées et raffinées maintenant.

C’est pourquoi la transaction Stingray-TuneIn compte au-delà de ces deux entreprises. C’est un signal sur la direction que certains voient pour le marché. Stingray ne mise pas sur la FM. Elle mise sur le fait de devenir l’infrastructure, la couche entre le contenu audio et les systèmes automobiles connectés. Et elle fait ce pari avec 175 millions de dollars et une stratégie d’exécution claire.

La fenêtre permettant à la radio de se positionner avantageusement lors de cette transition est ouverte, mais elle ne restera pas ouverte éternellement. Le travail qui doit se faire inclut :

  • S’assurer que l’infrastructure de streaming fonctionne réellement et de manière fiable. Ça semble évident, mais certains flux radio présentent encore des problèmes de fiabilité ou de qualité.
  • Prendre les interfaces mobiles au sérieux. CarPlay et Android Auto permettent aux gens de diffuser l’audio de leur téléphone dans la voiture. Si l’application de votre station ne fonctionne pas bien dans ces environnements, vous vous coupez d’un segment croissant d’audience.
  • Optimiser la découvrabilité. Dans le monde de l’IP, être facile à trouver compte énormément. Les stations qui n’ont pas réfléchi à la façon dont elles apparaissent dans les résultats de recherche des diverses plateformes, à la façon dont leurs métadonnées s’affichent, et à la façon dont les algorithmes font ressortir leur contenu se rendent invisibles.
  • Construire des relations avec les plateformes ou – mieux encore – avec les constructeurs automobiles. C’est complexe et ça demande de la patience, mais si vous n’êtes pas à la table quand ils décident quels services audio intégrer, mettre en avant ou promouvoir, ce sera une bataille difficile.
  • Comprendre à quoi ressemble la monétisation par IP pour votre station. Les opportunités publicitaires et l’économie de l’audio IP diffèrent fondamentalement de celles de la FM. Les stations doivent développer une expertise dans ce domaine plutôt que de traiter le streaming comme un simple canal additionnel de distribution pour les mêmes publicités.

Ce ne sont pas des recommandations abstraites. Dans Transformation numérique de la radio : guide pratique, je détaille chacune de ces transitions avec des cadres spécifiques, des études de cas d’autres industries qui ont fait face à des disruptions similaires, et des stratégies d’implémentation pratiques que les diffuseurs peuvent adapter à leurs propres situations.

Rien de tout ça ne nécessite d’abandonner la FM ou de prétendre que le business existant n’a pas d’importance. Mais ça nécessite de prendre la transition IP au sérieux comme une priorité stratégique plutôt qu’une initiative numérique sympathique à avoir.

Le centre de gravité se déplace

L’industrie de la radio ne s’effondre pas. La plupart des stations sont encore profitables, servent encore leurs communautés, créent encore du contenu que les gens apprécient. Mais la structure sous-jacente du business change de manière à favoriser de plus en plus les plateformes plutôt que les diffuseurs individuels.

L’acquisition de TuneIn par Stingray est un exemple clair de ce changement. Une entreprise a examiné le paysage audio et a décidé que posséder l’infrastructure de distribution et la technologie de monétisation valait 175 millions de dollars. Cette même entreprise aurait pu acheter des stations de radio ou investir dans la création de contenu, mais elle ne l’a pas fait. Elle a acheté les tuyaux et la technologie pour monétiser ce qui y circule.

La radio a encore des avantages : contenu solide, marques établies, voix de confiance, liens profonds avec les communautés locales. Ce sont de vrais actifs que les plateformes ne peuvent pas facilement répliquer. Mais les avantages ne comptent pas si personne ne peut accéder à ce que vous offrez, ou si quelqu’un d’autre possède l’interface par laquelle les gens vous trouvent.

Le combat se déplace des émetteurs aux interfaces, de la portée de diffusion à la distribution IP, de la publicité générale à la monétisation ciblée. La radio peut s’adapter à ce nouveau paysage, mais seulement si elle agit pendant qu’elle le peut encore. Une fois que vous êtes entièrement dépendant de plateformes que vous ne contrôlez pas, votre position de négociation se détériore rapidement.

Comme les flottes automobiles se renouvellent lentement, dix ans peuvent sembler long. Mais les partenariats prennent des années à construire, et au moment où les données montrent clairement que le point de bascule est franchi, il est trop tard pour changer de cap efficacement.

Le moment de se préparer, c’est maintenant, pendant que les choses semblent encore relativement stables. Parce que dans les transitions technologiques, la stabilité est généralement la période juste avant que tout change.

Why Stingray Really Bought TuneIn – And What It Means for Radio

By Audio Distribution, Monetization, Radio Digital Transformation

When Stingray announced its $175 million acquisition of TuneIn in November 2025, most industry coverage focused solely on the deal size or TuneIn’s latest issues. But that’s simply not seeing the forest for the trees.

The real story behind this acquisition is both simpler and more revealing about where the audio industry is heading. To understand what Stingray actually bought – and why it matters for radio –  you need to look past the press release numbers and focus on a single question: what problem is this deal solving?

The monetisation puzzle

Start with TuneIn’s business fundamentals. The platform reaches 75 million monthly active users worldwide and provides access to over 100,000 radio stations, as well as podcasts, music, sports, and news. It’s distributed across more than 200 platforms and connected devices. By any measure, TuneIn has achieved significant scale.

Yet when you look at the revenue numbers, something interesting emerges. TuneIn is expected to generate around $110 million in revenue for 2025. Do the simple division, and you get roughly $1.47 per user per year. For a platform with that kind of reach, the revenue per user is surprisingly low, far lower than what most radio stations still generate from their traditional broadcast audiences.

This isn’t a criticism of TuneIn’s business. It’s actually the key to understanding why this deal makes sense. TuneIn built massive distribution but never fully solved the monetisation equation. Meanwhile, most radio broadcasters have strong monetisation of their existing audiences but are watching their distribution advantage – the FM dial – slowly erode.

Stingray saw an opportunity to combine what it does well (monetisation infrastructure, advertising technology) with what TuneIn does well (distribution at scale). But there’s a more specific reason why this deal happened now, and it has everything to do with the car.

Distribution is moving to IP – and TuneIn is already there

When Eric Boyko, Stingray’s CEO, announced the acquisition, he was explicit about what excited him most: expanding reach in the automotive sector. TuneIn is integrated into over 50 in-car audio systems across multiple manufacturers. That’s not just a nice-to-have feature. It’s increasingly becoming the primary point of access for audio in vehicles.

Tesla recently announced the removal of FM and AM radio from its cars, relying entirely on internet-connected audio. This seemed like a typical Tesla move: provocative, ahead of the market, maybe too aggressive. But as connected car systems become standard equipment rather than premium features, the calculus changes. Once you have a fully connected dashboard with a rich interface, maintaining an analogue tuner starts to look like supporting legacy technology just for the sake of continuity.

Other manufacturers haven’t yet followed Tesla’s lead, but the direction is clear. New vehicles increasingly treat IP audio as the primary interface, with FM as a backup or legacy option. This transition won’t happen overnight because the car replacement cycle moves slowly, with the average vehicle on the road for over 12 years old. But that’s precisely why this matters so much for radio. A slow-moving transition is still a transition, and the window for positioning yourself on the right side of it is narrower than it appears.

TuneIn solved the distribution problem years ago by getting embedded into car systems before most broadcasters realised this was the critical battleground. Stingray just bought a fantastic weapon to win this battle.

Why IP monetisation changes the economics

The shift from FM to IP isn’t just about distribution technology. It fundamentally changes what’s possible with advertising.

FM broadcasting is anonymous. You transmit a signal, and anyone with a receiver can tune in. You know your total audience size from ratings, but you don’t know much about individual listeners in real time. Your advertising is broadly targeted at best – you can pick the daypart and the format, but that’s about it.

IP streaming flips this dynamic completely. Suddenly, you have access to data that FM could never provide: location (geo-targeting, store proximity), profile (age, interests, listening history), behaviour (commuter vs. leisure drive), context (weather, traffic, time, etc.), device (car model, options, etc.). This opens the door to much more sophisticated targeting.

Imagine you need to recharge (or refuel) your car, and you are getting near a station that also offers great sandwiches or fancy coffee. It would make plenty of sense for the station to target you with an ad for its offerings. 

This isn’t about being creepy or invasive. It’s about the basic economics of digital advertising. An advertiser will pay significantly more for an impression that reaches exactly who they want, when they want, in the context they want, than for a broadcast impression that reaches a general audience. The CPMs through targeted IP audio are simply way higher than traditional FM rates.

As Eric Boyko, Stingray’s CEO mentioned in La Presse: “TuneIn is already selling advertising inside Teslas, and our inventory is fully sold out – at the highest price. In cars, we know the profile of the person driving, we know the model of the car, and we know where they are. Suddenly, all of this becomes monetizable. We can generate between $1 and $16 per hour per connected car.”

So, when he talked about merging Stingray’s infrastructure with TuneIn’s reach, he was really talking about applying sophisticated monetisation to a large, currently under-monetised audience. TuneIn built the pipes. Stingray is bringing the machinery to extract far more value from what flows through those pipes.

The battle for the interface

There’s a deeper strategic layer to this acquisition that goes beyond just improving TuneIn’s revenue per user. Stingray is positioning to become something more fundamental: the default audio interface inside connected cars.

Think about how audio worked in the analogue era. The FM tuner was the interface. Listeners turned on their car, and the radio was just… there. Stations competed for preset buttons, but the basic interface – the tuner – was neutral infrastructure that everyone could access equally.

In the IP era, the interface itself becomes a competitive asset. Car manufacturers need to offer audio to their customers, but they don’t want to build and maintain their own audio platforms. They want a turnkey solution: someone who can aggregate content, manage the technical infrastructure, handle advertising, and offer a revenue-sharing opportunity. 

This is precisely what TuneIn offers, and exactly what Stingray can now monetise more effectively. Together, they can approach car manufacturers with a complete package: access to over 100,000 radio stations plus other audio content, a tested interface that users already know, sophisticated advertising technology that creates a new revenue stream for the OEM, and the operational capacity to handle everything behind the scenes.

The radio industry has recognised this threat. Initiatives like Radioplayer emerged precisely to create an industry-controlled alternative: a unified interface that keeps radio stations in control of the listener relationship while providing the aggregation and technical infrastructure that car manufacturers want. But the challenge for industry-led solutions is always the same: they require coordination across competitors, consensus on strategy and editorial choices (which radio to put forward, for example), and sustained investment without immediate returns. Meanwhile, commercial platforms like TuneIn can move faster, make autonomous decisions, and offer car manufacturers a simpler negotiation with a single partner rather than an industry consortium.

If Stingray’s strategy works, if TuneIn becomes the default “radio” experience inside a significant portion of new connected cars in North America and elsewhere, then the platform will control something extremely valuable: the primary relationship with listeners in vehicles. Radio stations would still be available through TuneIn, but TuneIn (and Stingray) would own the interface, the data, the advertising inventory, and the direct relationship with both the car manufacturer and the listener.

For radio broadcasters, this should be concerning. You’re moving from a world where you controlled the transmission and had a direct (one-way) relationship with listeners, to a world where you’re one content source among thousands inside someone else’s platform, accessed through someone else’s interface, with someone else owning the listener relationship and the best part of the monetisation.

Why radio needs to act now. Not later

A natural response to all of this is: “But FM is still huge. People still predominantly listen to the radio in their cars. We have time to figure this out.”

This is both technically true and strategically dangerous. First of all, it’s important to keep in mind that according to an AAA (American Automobile Association), 29% of U.S. drivers now use their phones for audio content while driving, a percentage that has nearly doubled since 2014.

Then, such a reaction is typical of the different stages of denial during a digital transformation. From “this is marginal” to “let’s meet the politicians and try pushing for regulation”

Yes, today FM listening still dominates in-car audio. Yes, the transition to IP will take years, possibly a decade or more, because the car replacement cycle can’t be compressed.

If you’re a radio broadcaster and you wait until IP listening becomes the majority of in-car audio before you invest seriously in streaming, CarPlay, Android Auto, and relationships with car manufacturers or the OEMs, you’ve already lost. The cars on the road in 2035 are being designed and built right now. Partnerships between audio platforms and OEMs are being formed now. The interfaces that will become familiar to millions of drivers are being tested and refined right now.

This is why the Stingray-TuneIn deal matters beyond just these two companies. It’s a signal about where some see the market going. Stingray isn’t betting on FM. It’s betting on becoming the infrastructure – the layer between audio content and connected car systems. And it’s making that bet with $175 million and a clear execution strategy.

The window for radio to position itself advantageously in this transition is open, but it won’t stay open forever. The work that needs to happen includes:

    • Making sure streaming infrastructure actually works reliably. This sounds obvious, but some radio streams still have reliability or quality issues.
    • Taking mobile interfaces seriously. CarPlay and Android Auto let people bring their phone’s audio into the car. If your station’s app doesn’t work smoothly in these environments, you’re cutting yourself off from a growing segment of listeners.
  • Optimizing discoverability. In the IP world, being easy to find matters enormously. Stations that haven’t thought about how they appear in search results of the various platforms, how their metadata displays, and how algorithms surface their content are making themselves invisible.
  • Building relationships with the platforms or – better – with the car manufacturers. This is complex and requires patience, but if you’re not at the table when they decide which audio services to integrate, surface, or promote, it will be an uphill battle.
  • Understanding what IP monetisation looks like for your station. The advertising opportunities and economics of IP audio differ fundamentally from those of FM. Stations need to develop expertise in this area rather than treating streaming as just another distribution channel for the same ads.

These aren’t abstract recommendations. In Radio’s Digital Transformation Playbook, I break down each of these transitions with specific frameworks, case studies from other industries that faced similar disruptions, and practical implementation strategies that broadcasters can adapt to their own situations.

None of this requires abandoning FM or pretending the existing business doesn’t matter. But it does require taking the IP transition seriously as a strategic priority rather than a nice-to-have digital initiative.

The centre of gravity is shifting

The radio industry isn’t collapsing. Most stations are still profitable, still serving their communities, still creating content that people value. But the business’s underlying structure is changing in ways that increasingly favour platforms over individual broadcasters.

The Stingray-TuneIn acquisition is a clear example of this shift. A company looked at the audio landscape and decided that owning distribution infrastructure and monetisation technology was worth $175 million. That same company could have bought radio stations or invested in content creation, but it didn’t. It bought the pipes and the technology to monetise what flows through them.

Radio still has advantages: strong content, established brands, trusted voices, deep connections to local communities. These are real assets that platforms can’t easily replicate. But advantages don’t matter if no one can access what you’re offering, or if someone else owns the interface through which people find you.

The fight is shifting from transmitters to interfaces, from broadcast reach to IP distribution, from general advertising to targeted monetisation. Radio can adapt to this new landscape, but only if it acts while it still has leverage. Once you’re entirely dependent on platforms you don’t control, your negotiating position deteriorates rapidly.

As car fleets turn over slowly, ten years sounds like a long time. But partnerships take years to build, and by the time the data clearly shows the tipping point has passed, it’s too late to change course effectively.

The time to prepare is now, while things still look relatively stable. Because in technology transitions, stability is usually the period right before everything changes.

The Five Stages of Denial in Digital Transformation

By Radio Digital Transformation

Across many sectors, digital transformation follows a relatively predictable pattern. User behaviours evolve, new players emerge, and the value chain is progressively reshaped.

Nicolas Colin proposed a particularly insightful framework for understanding how industries react to these shifts: the five stages of denial. They appear in publishing, music, television… and increasingly clearly in radio.

What follows is a structured adaptation of these five stages, applied to the wider context of media and cultural industries.

1.  The Initial Digital Burst – “We’re Not Really Worried About It”

Innovation emerges but is perceived as marginal.

Early on, a new technology or behaviour is adopted by only a small fraction of the public. Incumbents see it as anecdotal, a gadget with no structural impact.

Television networks long saw YouTube as a platform for amateurs posting videos of dogs on skateboards. Publishers treated blogs as peripheral. Record labels viewed MP3 as a minor, temporary threat. Podcasts were considered by radio a niche format reserved for enthusiasts.

The common point: as long as an innovation affects only a few percent of the market, established players do not feel concerned.

2. The Digital Trend Grows – “We’re doing it too”

Adoption increases, but adaptation remains superficial.

As digital behaviours spread, companies respond, but mostly at the edges. They launch apps, set up innovation labs or internal incubators (for the larger ones), and produce “native” podcasts. These initiatives create an impression of movement, but they do not change the underlying economics or strategic decisions.

On the ground, very little shifts:

  • Decisions continue to prioritise the linear broadcast,

  • Teams and budgets remain organised around live radio,

  • Key metrics remain based on linear performance,

  • Decision-making processes stay unchanged.

This is more of a cosmetic adjustment than a real transformation. Digital is added around the existing model, but the model itself is not reconsidered.

As seen in other industries (booksellers facing Amazon, for example), those closest to the audience typically feel the impact first.

3. The Balance Shifts – “We need to speak to politicians”

The power dynamic changes, and defensive reflexes appear.

When digital platforms grow significantly, concern rises among incumbents. At this stage, calls for regulation multiply.

We see demands for guaranteed visibility in interfaces (like in the car for the radio), obligations for distribution, or stricter rules aiming to slow down the new entrants.

The same pattern appears whenever legacy players feel their access to audiences is threatened by platforms controlling distribution, interfaces, or recommendation: taxis versus Uber, publishers versus Amazon, broadcasters versus streaming services.

The logic is identical: try to preserve existing balances through public intervention. Regulation may slow the trend, but it does not alter the underlying shift in usage. And crucially, energy spent trying to delay the inevitable is not invested in actual transformation.

And when regulation is no longer enough to stabilise the model, another reflex emerges: consolidation.

4. The Digital Platforms Dominate – “We should acquire our competitors”

The consolidation phase: a classic but limited response.

When audiences and, therefore, margins shrink, consolidation becomes a logical strategy: pooling resources, reducing costs, and rationalising operations.

Cultural industries offer many examples: Sony/BMG, Universal/EMI, the attempted Publicis–Omnicom merger…

Television already illustrates this dynamic clearly, with the aborted TF1–M6 merger in France, RTL and Sky in Germany, ProSiebenSat.1 and Media for Europe, and more recently the ITV–Sky discussions in the United Kingdom.

Radio is very likely to follow.

Consolidation can provide temporary relief, but it does not change the underlying fact that user habits are shifting toward on-demand, platforms, and personalised services.

5. Vertical Integration – “They will always need us”

Platforms rise along the value chain and gradually displace incumbents.

In this final stage, platforms that initially focused on distribution or recommendation begin to produce their own content and structure their own ecosystems.

Netflix, once a distributor, now produces its own programming. Amazon, initially a bookseller, now offers authors the ability to publish directly through its own services.

Platforms no longer wait for legacy players to transform; they create their own alternatives.

A familiar belief often remains: “Radio retains a natural advantage — the human voice, immediacy, proximity.” This is also the stage when we often hear: “They will always need us.”


Until one day, they don’t.

Conclusion: A Landscape Deeply Transformed

By the end of these five stages, the original balance has disappeared. The organisations that navigate the transition successfully are not those that add a bit of digital on the side, but those that rethink their place in the value chain, redeploy their capabilities, and align themselves with actual audience behaviour.

The question is not whether the transformation is underway. It already is.

The real question is: At which stage of denial does your organisation currently stand, and how long can it remain there before taking meaningful action?

Les cinq étapes du déni face à la transformation numérique

By Radio Digital Transformation

Dans de nombreux secteurs, la transformation numérique suit un schéma relativement prévisible. Les usages évoluent, de nouveaux acteurs émergent, et la chaîne de valeur est progressivement remodelée.

Nicolas Colin – ancien co-fondateur de l’incubateur The Family – a proposé une grille de lecture particulièrement éclairante de ces cycles d’adaptation : les cinq étapes du déni. On les retrouve dans la presse, l’édition, la musique, la télévision… et, de plus en plus clairement, dans la radio.

Ce qui suit est une adaptation structurée de ces cinq étapes, appliquées au contexte plus large des industries culturelles et médiatiques.

1.  La nouveauté numérique – « Ce n’est pas vraiment une menace »

L’innovation émerge, mais est perçue comme marginale.

Au début, une nouveauté technologique n’est adoptée que par une faible fraction du public. Les acteurs historiques y voient un épiphénomène, un gadget sans impact structurel.

Les chaînes de télévision n’ont longtemps considéré YouTube que comme une plateforme d’amateurs avec des vidéos de chiens faisant du skateboard. Les éditeurs voyaient dans les blogs une activité périphérique. Les labels de musique regardaient le MP3 comme une menace mineure et temporaire. Les radios considéraient les podcasts comme un format confidentiel, réservé aux passionnés.

Le point commun : tant que l’usage reste limité à quelques pourcents du marché, les acteurs établis ne se sentent pas concernés.

2. Le phénomène prend – « On s’y est mis aussi »

L’innovation progresse, mais l’adaptation reste superficielle.

À mesure que les usages se développent, les entreprises réagissent. Mais elles le font en périphérie : applications, labs d’innovation ou incubateurs internes pour les plus grosses, et quelques podcasts dits “natifs” pour les radios. Ces initiatives donnent l’impression d’un mouvement, mais ne modifient ni les modèles économiques ni les décisions structurantes.

  • Les décisions continuent de prioriser l’antenne.
  • Les équipes et les budgets restent structurés pour le linéaire.
  • Les indicateurs clés restent centrés sur le broadcast.
  • Les processus décisionnels ne changent pas.

Il s’agit davantage d’un ajustement cosmétique que d’une transformation réelle. Le numérique est ajouté « autour » du modèle existant, mais celui-ci n’est pas repensé. Cette phase donne l’impression de bouger, sans véritable transformation.

Ce sont généralement les acteurs les plus exposés au contact du public (par exemple les libraires dans le cas d’Amazon) qui ressentent les premiers les effets du changement.

3. Le rapport de force bascule – « Il faut parler aux politiques »

Le rapport de force bascule et l’instinct devient défensif.

Lorsque la croissance des plateformes devient significative, l’inquiétude s’installe. Les acteurs historiques se tournent alors vers la régulation.

On demande une visibilité garantie dans les interfaces (notamment dans la voiture, pour la radio). On plaide en faveur d’obligations de distribution. On sollicite des règles visant à ralentir ou encadrer les nouveaux entrants.

Cette réaction n’est pas spécifique à la radio : elle s’observe chaque fois que les acteurs historiques voient leur accès au public menacé par une plateforme qui contrôle l’aval (distribution, interfaces, recommandation): les taxis face à Uber, les éditeurs face à Amazon, les chaînes historiques face au streaming.

La logique est la même : tenter de préserver les équilibres existants en s’appuyant sur l’intervention publique. La régulation permet parfois de ralentir le mouvement, mais elle ne corrige pas la nature même du changement. Et surtout l’énergie mise à jouer à ralentir l’inévitable n’est pas mise au service d’une véritable transformation.

Et lorsque la régulation ne suffit plus à stabiliser le modèle, un autre réflexe apparaît : la consolidation.

4. Les plateformes dominent – « On va racheter nos concurrents »

La phase de consolidation : une réponse classique mais limitée.

Lorsque les marges se réduisent et que les audiences se fragmentent, la consolidation apparaît comme une stratégie logique : mutualiser, réduire les coûts, rationaliser.

Les industries culturelles ont connu de nombreux exemples : Sony/BMG, Universal/EMI, tentatives de fusion Publicis–Omnicom…

La télévision illustre déjà clairement ce mouvement, avec, en Europe, la tentative avortée de fusion TF1–M6 en France, RTL et Sky , ProSiebenSat.1 et Media for Europe en Allemagne, ou encore ITV et Sky au Royaume-Uni.

La radio ne devrait pas tarder à suivre. 

La consolidation peut offrir un répit. Elle ne modifie pas le fait que les usages se déplacent vers l’on-demand, les plateformes et les services personnalisés.

5. L’intégration verticale – « Ils auront toujours besoin de nous »

L’intégration verticale des plateformes et l’éviction progressive des acteurs traditionnels.

Dans cette dernière étape, les plateformes – longtemps cantonnées à la distribution ou à la recommandation – commencent à produire leurs propres contenus et à structurer leur propre écosystème audio.

Netflix, d’abord simple distributeur, produit désormais ses propres contenus. Amazon, distributeur de livres, offre désormais aux auteurs de publier leurs propres ouvrages.

Les plateformes n’attendent plus que les acteurs historiques se transforment : elles créent leurs propres alternatives.

Une pensée persiste: « La radio garde un avantage naturel : la voix humaine, l’instantanéité, la proximité. ». C’est souvent le moment où l’on entend : « Ils auront toujours besoin de nous. ».  Jusqu’au jour où ce n’est plus le cas.

Conclusion : un paysage profondément remanié

À la fin de ces cinq étapes, les équilibres initiaux ont disparu. Les entreprises qui s’en sortent ne sont pas celles qui ont ajouté du numérique à la marge, mais celles qui ont repensé leur place dans la chaîne de valeur, redéployé leurs compétences et adopté les usages réels du public.

La question n’est donc pas de savoir si la transformation est en cours. Elle l’est déjà.

La question est : à quel stade du déni en est votre organisation, et combien de temps pouvez-vous rester à ce stade avant d’agir réellement ?

Et si l’innovation radio ne se limitait pas au contenu ?

By Innovation in Radio, Radio Digital Transformation

Quand on parle d’innovation dans la radio, une idée revient presque toujours : le contenu. De nouvelles émissions. De nouveaux formats. De nouveaux podcasts. De nouvelles webradios.

Et c’est normal : la radio est avant tout un média de contenu. Et la diffusion hertzienne, par nature, limite certaines formes d’innovation. Mais cette focalisation exclusive sur ce qui sort du studio occulte une réalité essentielle : avec le numérique, l’innovation ne se joue pas seulement dans ce qu’on diffuse, mais dans la manière dont on le distribue, dont on attire une audience et dont on monétise tout cela.

1. L’innovation de contenu : nécessaire, mais pas suffisante

Oui, les radios doivent continuer à innover sur le contenu. Expérimenter de nouveaux formats, explorer des niches, oser des tons plus intimes ou plus audacieux. Mais même les meilleures idées éditoriales ne survivent pas si elles ne trouvent pas leur public, ou si le modèle économique ne suit pas.

Le risque, c’est de répéter ce qu’ont fait les journaux il y a une quinzaine d’années : produire d’excellents articles sans repenser la distribution ni la monétisation. Résultat : les audiences sont parties et les revenus se sont effondrés.

La vérité, c’est que quel que soit le media, le bon contenu seul ne suffit plus. La différenciation se joue désormais sur trois autres leviers : la distribution, l’acquisition d’audience et la monétisation.

2. Distribution : être là où l’audience est (et sera)

La plupart des stations se considèrent encore comme des diffuseurs. Or, dans un monde de plus en plus dominé par le mobile et les plateformes, elles doivent se voir comme des créateurs de contenu audio multiplateformes.

Autrement dit : votre mission n’est plus de remplir une grille, mais d’être disponible là où vos auditeurs passent leur temps: sur Spotify, YouTube, TikTok, WhatsApp, les assistants vocaux, voire le tableau de bord de la voiture connectée.

Certaines radios publiques ou commerciales commencent à le comprendre. Mais la plupart n’ont pas encore repensé leur chaîne de distribution.

Trop souvent :

  • Le contenu numérique reste une simple rediffusion du linéaire ;
  • Les applications maison sont mal référencées ou sous-utilisées ;
  • La stratégie d’acquisition d’audience que ce soit sur Spotify, YouTube ou TikTok est inexistante ;
  • La donnée d’usage ou d’acquisition n’est ni collectée ni exploitée.

L’innovation de distribution, c’est pourtant ce qui fait la différence entre un contenu visible et un contenu invisible. C’est aussi ce qui permet de bâtir une audience durable, pas juste des téléchargements ponctuels.

3. Acquisition d’audience : l’innovation oubliée

L’acquisition d’audience est probablement le champ d’innovation le plus sous-estimé dans la radio. Pendant des décennies, les radios n’ont pas eu à vraiment « acquérir » leurs auditeurs : elles occupaient des fréquences, les gens tournaient un bouton et l’audience suivait.

Aujourd’hui, c’est l’inverse. Chaque écoute est le fruit d’un choix. D’un clic. D’une recherche.

Bien que différents de la radio, les jeux vidéo sur mobile offrent une comparaison intéressante. Ils se battent eux aussi pour l’attention des utilisateurs, pour les faire revenir et souvent monétisent via de la publicité. 

La différence, c’est que les éditeurs de jeux vidéo maîtrisent à la perfection les mécaniques d’acquisition et de rétention. Ils testent des centaines de microvariations : visuel, titre, séquence d’onboarding, notification, etc pour faire ce qui peut faire croitre leur audience.

La radio, elle, se contente souvent juste de diffuser son contenu sans vrai stratégie d’acquisition, de windowing ou rapatriement sur ses applications.

Or, dans un monde où le contenu est virtuellement infini, les auditeurs doivent se gagner puis se fidéliser.

4. Monétisation : le grand terrain vierge

Si je devais choisir une dimension d’innovation à explorer en premier, ce serait celle-là. Parce que c’est probablement la plus prometteuse à court terme.

Pendant des années, la monétisation radio est restée axée sur un seul modèle: la publicité. Certes, il y avait bien ici ou là du sponsoring, des événements, mais les régies vendaient essentiellement de la publicité.

Mais le potentiel va bien au-delà.

a. Valoriser la donnée

Les radios possèdent un actif immense : leurs données. Qui écoute quoi, comment, quand, où, sur quel support. Or, très peu exploitent ces données à des fins publicitaires ou autres.

Certains groupes médias l’ont compris avant les autres. The Weather Channel (TWC), par exemple, ne se contente plus de vendre des espaces publicitaires sur sa chaîne météo: elle vend ses données (météo, géolocalisation, comportements) à d’autres entreprises, devenant une data company à part entière.

Pourquoi la radio ne pourrait-elle pas faire la même chose ? Les données récoltées, croisées avec celles des partenaires, pourraient devenir une nouvelle source de revenus  à condition d’être exploitées de manière éthique et transparente.

b. L’abonnement et le premium

Les contenus sans publicité via abonnement, les podcasts payants, les clubs communautaires ou les accès anticipés ne sont plus des utopies. Certains acteurs, comme The Economist ou Radio Teddy (Allemagne), ont montré qu’un public est prêt à payer pour un contenu de qualité, bien positionné et différencié.

L’audio premium n’en est qu’à ses débuts et demandera certainement de nombreuses itérations avant de devenir mainstream. Mais comme pour la presse ou la TV linéaire, ceux qui testent tôt apprendront plus vite et creuseront leur avantage.

c. Le modèle « Media for Equity »

Autre piste : le Media for Equity. Plutôt que de voir certains espaces publicitaires invendus, une radio peut échanger ces espaces contre une participation dans une startup ou une marque émergente. C’est un modèle qui s’est  développé rapidement dans la télévision et l’affichage, et qui a permis à plusieurs groupes médias européens de prendre des participations stratégiques dans des scale-ups prometteuses.

Pourquoi ne pas l’adapter à l’audio ? La radio locale, par exemple, pourrait devenir un accélérateur de jeunes marques régionales.

d. Un outil (simple) en self-service pour annonceurs

Et si la radio s’inspirait de Facebook et Google Ads ? Imaginez : un outil self-service où un petit annonceur local peut créer, payer et diffuser son spot audio en quelques minutes, sur les flux numériques, voire sur la FM.

Une interface simple, un minimum de données d’audience pour permettre de bien cibler les publicités, une tarification dynamique et le tout payable par carte de crédit. Plus besoin d’intermédiaires, d’ordres d’insertion ou de diffusion, etc.

Ce type d’outil ne révolutionnerait pas seulement le process de vente de publicité: il ouvrirait le marché à des milliers de petits annonceurs locaux comme les artisans qui n’ont jamais acheté de campagne radio faute de temps, de budget ou de connaissance du média.

Facebook et Google ont bâti une grande partie de leur succès sur ce modèle : abaisser la barrière d’entrée pour les annonceurs. Pourquoi la radio ne ferait-elle pas la même chose ?

Cette idée pourrait être testée en quelques semaines : une page web, un peu d’IA pour les spots audio, une campagne d’acquisition de clients ciblée, et on mesure combien de PME sont prêtes à essayer. Pas besoin d’un plan à cinq ans ou de grands efforts pour valider la demande.

5. L’innovation, c’est surtout une méthode

Beaucoup de radios associent encore « innovation » à « grands projets » : nouvelle appli, refonte de site, refonte d’antenne. Mais la vraie innovation, celle qui fait la différence, se joue dans la capacité à tester rapidement et à apprendre.

C’est exactement ce que nous faisons lors des Sprints d’Innovation avec nos clients : en 12 semaines, une station passe d’idées à des preuves terrain. Pas de comités, de longues réunions, d’innombrables « je pense que », mais des boucles rapides d’expérimentation pour tester et valider.

On définit des hypothèses, on crée des MVPs (Minimum Viable Products), on teste auprès de vrais auditeurs ou annonceurs, on mesure, on apprend, on ajuste. Et on recommence.

C’est cette boucle — Build, Measure, Learn — qui permet d’avancer plus vite que les concurrents. Plus vous testez, plus vous apprenez vite.

Et plus votre vitesse d’apprentissage devient votre avantage compétitif.

6. Ce qui manque souvent : la volonté et la structure

Les idées, les radios en ont. Beaucoup. Mais ce qui fait défaut, c’est souvent la volonté de tester et la structure pour le faire.

Deux freins reviennent systématiquement :

  1. La culture du perfectionnisme. On veut lancer quelque chose de « parfait »… et on ne finit par jamais lancer. Or, le but d’un test n’est pas d’être parfait, mais d’apprendre vite.
  2. L’inertie organisationnelle. Les équipes digitales, marketing et antenne travaillent encore en silos, avec des KPI contradictoires.

Changer cela, c’est possible. Il suffit de remettre l’expérimentation au cœur de la transformation digitale, avec un cadre, un rythme et des objectifs clairs.

Une autre erreur serait de croire qu’il faut tout révolutionner d’un coup. Les meilleures innovations commencent petit : un test, un prototype, une campagne ciblée.

7. Et Audiotiq dans tout ça ?

Nous ne pouvons pas vous aider à définir le concept de la prochaine grande émission. Mais nous pouvons vous aider à tester la prochaine grande idée.

C’est exactement ce que font les Sprints d’Innovation : accompagner vos équipes dans une démarche structurée, inspirée des startups, pour générer, prioriser et tester des idées sur les quatre dimensions de l’innovation : contenu, distribution, acquisition et monétisation.

Ce que les radios peuvent apprendre des télévisions européennes face aux géants du streaming

By Radio Digital Transformation

Il n’y a pas si longtemps, les chaînes de télévision européennes semblaient indétrônables. Elles occupaient les salons, régnaient sur les prime times et concentraient toute l’attention des annonceurs. Puis, Netflix, YouTube et Disney+ ont rebattu les cartes. En quelques années, les usages ont basculé : la consommation est devenue à la demande, personnalisée, mobile et surtout mondialisée.

Aujourd’hui, ce qui s’est passé dans la télé est en train d’arriver dans la radio. Les jeunes auditeurs passent plus de temps sur Spotify, YouTube Music ou les podcasts qu’en FM. Les jeunes générations ne “tombent” plus sur une station ; elles choisissent un flux, un format, un créateur. Et comme les télés avant elles, les radios doivent se réinventer. Un rapport du Boston Consulting Group (BCG) de septembre 2025 sur la manière dont les diffuseurs européens peuvent rivaliser avec les géants du streaming contient des enseignements précieux pour la radio. Voici ce que vous pouvez en retenir.

 

1. Valoriser votre ancrage local

Les plateformes mondiales excellent dans la technologie, la recommandation et la personnalisation. Mais elles sont souvent détachées du réel, de la vie quotidienne, de la culture et des émotions locales.

C’est là que les diffuseurs européens – et en particulier les radios – ont un avantage décisif. Elles savent parler le langage du public. Elles connaissent les villes, les accents, les habitudes, les silences aussi.

La proximité, c’est leur superpouvoir.

Créez des contenus qui résonnent vraiment localement : accents familiers donc, mais aussi chroniques de proximité, partenariats culturels ou événementiels. Donnez à entendre ce que les plateformes mondiales ne peuvent pas copier : la personnalité d’un territoire, la chaleur d’un accent, l’énergie d’une région.

Et surtout, utilisez votre crédibilité et votre rôle communautaire comme différenciateur face aux plateformes impersonnelles. Là où Spotify ou YouTube ne proposent que des flux, vous offrez une relation. Une voix. Une confiance.

En bref : le local n’est pas un repli, c’est un levier stratégique. C’est votre différence. Et dans un monde d’algorithmes, la différence est ce qui crée la fidélité.

 

2. Gagner en échelle via partenariats et fusion-acquisition

Une radio seule, même performante, ne peut pas lutter contre des acteurs mondiaux qui investissent des milliards dans la technologie, les données et le marketing. S’allier, mutualiser, fusionner : voilà désormais des leviers stratégiques, et non des menaces.

C’est d’ailleurs ce que montre déjà le secteur télévisuel. Les diffuseurs européens se regroupent pour faire face à la domination des géants du streaming :

 

    • Le projet TF1–M6 en France, même s’il a été bloqué, allait dans ce sens ; la vente de RTL Nederland à DPG Media a elle été autorisée.
    • En Allemagne, RTL Group a annoncé le rachat de Sky Deutschland, une opération emblématique de cette dynamique : elle montre comment les groupes européens cherchent à consolider leurs positions nationales pour rivaliser avec les géants mondiaux, mutualiser la technologie et renforcer leur offre locale.
    • Le récent rachat de ProSiebenSat.1 par MediaForEurope vise également à bâtir une échelle européenne ;

 

Ces mouvements traduisent une évidence : la consolidation n’est plus une menace, c’est une stratégie de survie. Pour la radio, le même raisonnement s’imposera tôt ou tard :

 

    • Au niveau national, pour réduire la fragmentation et mieux peser dans la distribution numérique ;
    • Au niveau européen, pour mutualiser les investissements technologiques et parler d’une seule voix auprès des régulateurs et annonceurs.

 

La consolidation n’est pas une perte d’indépendance : c’est une stratégie de survie pour défendre collectivement l’avenir de l’audio européen. Cela ne veut pas dire perdre son indépendance. Cela veut dire gagner du poids collectif, aussi bien en termes de relation avec les annonceurs qu’en termes de capacité d’investissement.

Parce que le risque, sinon, c’est de se retrouver trop petit pour être vu… et entendu.

 

3. Être là où sont vos auditeurs

Les auditeurs ne sont plus “devant la radio”. Ils sont sur leur smartphone, leurs écouteurs dans les oreilles, ou leur téléphone connecté au système audio de leur voiture, et ils sont sur Spotify, YouTube ou TikTok. Si votre contenu n’est pas là, il n’existe tout simplement pas.

La leçon tirée de la télé est simple : les diffuseurs qui ont accepté de distribuer leurs contenus au-delà de leurs propres plateformes – sur YouTube, TikTok, ou même Twitch – ont vu leurs audiences se régénérer.

Vous pouvez vous inspirer de ces stratégies et par exemple:

 

    • Distribuer vos émissions, podcasts et extraits sur toutes les plateformes pertinentes.
    • Penser “mobile first” : simplifiez l’accès, raccourcissez les formats, multipliez les points de contact.
    • Utiliser les réseaux sociaux comme canal d’acquisition d’audience, pas seulement de promotion.

 

Et surtout, pensez le parcours d’audience dans l’autre sens : du social vers votre propre application. Une capsule vidéo sur Instagram peut devenir une porte d’entrée vers votre flux en direct.

Les plateformes ne sont pas vos ennemies, ce sont vos canaux de découverte.

4. Diversifier vos revenus

Les télévisions européennes ont mis du temps à s’y résoudre : le modèle “publicité + redevance” ne suffit plus. Les radios se rapprochent d’une situation similaire.

Publicité locale, sponsoring, régie… tout cela reste essentiel, mais ne suffira pas à financer l’avenir. Il faut penser plus large et innover avec par exemple:

 

    • Des formules d’abonnement sans publicité,
    • Des contenus premium (podcasts exclusifs, live sessions, accès anticipé),
    • Du e-commerce autour de la marque,
    • Des expériences IRL : événements, clubs, communautés.

 

Diversifier les revenus, ce n’est pas “faire autre chose” : c’est protéger son indépendance éditoriale et assurer la durabilité économique du média.

La radio doit repenser son modèle économique avec créativité et innover, sans attendre que la publicité traditionnelle s’érode davantage.

 

5. Utiliser l’IA pour personnaliser et automatiser

La révolution de l’IA touche aussi l’audio. Et elle offre des opportunités incroyables – si l’on sait l’utiliser intelligemment. L’intelligence artificielle ouvre en effet d’immenses opportunités pour l’audio.

 

    • Personnalisation : recommandations d’émissions ou playlists selon les goûts de chaque auditeur.
    • Automatisation : génération de teasers, transcriptions, extraits vidéo.
    • Analyse : compréhension fine de la performance des contenus et de l’attention des auditeurs.

 

Mais elle impose aussi des garde-fous : transparence, vérification des sources et maintien de la confiance éditoriale.

L’IA ne remplacera jamais la relation humaine qui fait la force de la radio. La valeur des radios, c’est l’émotion, la confiance, la présence. L’IA doit être un amplificateur, pas un substitut.

Les télés le vivent déjà : certaines chaînes automatisent le montage ou la localisation, mais gardent la main sur l’éditorial et le ton. Les radios peuvent adopter la même approche : l’IA au service de la créativité, pas à la place de la créativité.

 

6. Travailler le cadre réglementaire

C’est un point qui demande un travail collectif. Les règles qui encadraient la télévision comme la radio linéaire ont été conçues pour un autre monde, un autre temps. Les diffuseurs télé réclament déjà une modernisation du cadre européen et la radio doit s’y préparer aussi.

Elles doivent en effet faire entendre leurs voix sur des sujets comme

 

    • La visibilité des stations dans les environnements connectés (tableaux de bord, enceintes, apps audio),
    • Une équité publicitaire face aux plateformes mondiales (message d’information sur les publicités sur les voitures, l’alimentation, l’alcool, etc.).
    • Et la reconnaissance du rôle de la radio comme acteur de cohésion culturelle et sociale.

 

Attention cependant à ne pas se battre pour conserver le statu quo – ce serait suicidaire – mais pour bien définir les règles du jeu d’un environnement numérique et à la demande.

 

Conclusion

Ce qui s’est passé dans la télévision se produira dans la radio, peut-être plus vite encore.
Les signaux sont les mêmes : fragmentation des audiences, explosion du streaming, baisse des revenus linéaires, montée des usages mobiles.

Mais l’histoire montre aussi une chose : ceux qui bougent tôt s’en sortent. Les chaînes qui ont investi dans le streaming avant les autres ont préservé leur place dans le paysage. Les autres peinent à exister dans un monde dominé par Netflix et YouTube.

Pour la radio, le moment est venu d’écrire son propre plan de bataille. Valoriser le local, consolider, distribuer partout, innover dans les revenus, tirer parti de l’IA et influencer le cadre réglementaire,  ce sont les six clés pour transformer la menace en opportunité.

Comme le dit le rapport du BCG :

“Les diffuseurs prêts à agir de manière décisive peuvent transformer la disruption en avantage compétitif.”

La question n’est plus si la radio doit se transformer, mais à quelle vitesse elle le fera.

 

 

Votre application radio au cœur de votre stratégie numérique

By Audio Distribution, Radio Digital Transformation

Tout passe désormais par le smartphone. Lire les actualités, vérifier la météo, gérer son compte en banque, commander un taxi, regarder une vidéo… tout se fait via une application.

L’audio ne fait pas exception.

En Allemagne, 79 % des foyers avec jeunes possèdent encore un poste radio, mais moins d’un tiers des jeunes en ont un personnellement. Ils n’en ont pas besoin : ils ont un smartphone.

Demandez à un groupe d’étudiants s’ils savent ce que signifie 99.8 FM : le silence qui suivra dira tout.

Les habitudes formées dans la jeunesse durent. Cette génération ne zappe pas les médias traditionnels : elle développe des usages entièrement centrés sur le smartphone et les applis.

Pour exister dans un monde où le numérique progresse à un rythme exponentiel, il faut être là où se trouve votre audience – et où elle sera encore davantage demain : sur son smartphone, dans des applications.

Être présent avec votre application radio, pas celle des autres

Pourtant, beaucoup de radios se trompent : elles pensent qu’être présentes sur Spotify, Apple Podcasts ou YouTube suffit. Ce n’est pas le cas.

Posez-vous trois questions :

  1. Concentration des revenus : quel pourcentage de vos revenus numériques provient d’une seule plateforme, comme Spotify ? Plus de 70 % ? C’est risqué.
  2. Accès à l’audience : disposez-vous des coordonnées directes de plus de 20 % de vos auditeurs ? Sinon, vous ne les « possédez » pas vraiment.
  3. Dépendance à la découverte : si votre principale plateforme supprimait vos contenus demain, combien de temps vous faudrait-il pour retrouver 50 % de votre audience ?

Le paysage audio numérique s’est consolidé en un oligopole. Apple Podcasts, Spotify et YouTube contrôlent la majorité de la consommation. Ces plateformes suivent toujours le même schéma : distribution gratuite au départ, curation algorithmique, puis commissions et, à terme, concurrence directe avec vos propres contenus.

Des exemples récents l’illustrent bien. Les changements de Spotify en 2023 sur la découverte de podcasts ont pratiquement anéanti certaines catégories entières de créateurs (les “bruits blancs”), du jour au lendemain. AppGratis, une plateforme de découverte d’applications comptant 12 millions d’utilisateurs, a tout perdu quand Apple l’a supprimée de l’App Store en 2013.

La dépendance aux plateformes n’est pas seulement risquée : elle est incompatible avec la construction d’un modèle durable.

Vous avez besoin des plateformes tierces pour la portée et la découverte. Mais votre propre application radio doit être votre socle, votre fondation, votre assurance.

L’application au cœur de votre écosystème

Selon le Jacobs Media Techsurvey 2023, les auditeurs qui utilisent l’application d’une station montrent 42 % de fidélité en plus à la marque que ceux qui écoutent via des plateformes tierces. Mais cette fidélité ne compte que si votre app apporte une réelle valeur.

La donnée : mesurer ce qui se passe vraiment

La raison la plus forte de posséder votre application ? La qualité et la profondeur des données.

Les plateformes tierces ne vous donnent que des moyennes globales. Votre propre app vous permet de :

  • construire des profils d’auditeurs complets ;
  • comprendre les comportements détaillés par segment ;
  • suivre les conversions et la rétention ;
  • calculer des indicateurs précis comme la rétention J1/J7/J30 ou le ratio DAU/MAU.

Ce niveau de détail permet une optimisation que les tableaux de bord externes ne permettent pas. Vous pouvez voir où les auditeurs décrochent, ce qui les fait revenir et quels contenus transforment les curieux en fidèles. Ce sont des indicateurs essentiels à une croissance durable.

La publicité : aller au-delà de l’audio

Posséder votre app transforme la monétisation. Vous n’êtes plus limité aux spots audio. Vous pouvez proposer :

  • des formats display (bannières, interstitiels, natifs) ;
  • des formats vidéo (pre-roll, rewarded) ;
  • de l’affiliation et du e-commerce.

Ces formats offrent des CPM plus élevés car ils sont visuels, mesurables et cliquables. Ils permettent d’accéder à des budgets publicitaires beaucoup plus importants.

Et surtout, votre application radio vous permet de participer pleinement à la publicité programmatique : des enchères en temps réel où les annonceurs achètent des impressions selon le profil, la localisation ou l’historique d’écoute. Vous passez de la vente de volumes à la vente d’inventaires ciblés et optimisables, comparables à ceux de la vidéo et du display.

L’expérimentation : votre laboratoire

Votre appli est votre meilleur terrain d’innovation. Vous pouvez y tester de nouveaux formats, mécanismes de croissance ou modèles de monétisation, tout en mesurant les résultats. Les plateformes externes évoluent à leur rythme ; votre appli vous donne la liberté d’expérimenter au vôtre.

La personnalisation : à grande échelle

La personnalisation opère à deux niveaux que seules les apps propriétaires peuvent pleinement exploiter :

  • Personnalisation du contenu : la météo devient locale, le trafic reflète les trajets réels, les infos régionales sont mises en avant.
  • Personnalisation des recommandations : suggestions basées sur l’historique d’écoute, la durée, le moment de la journée, ou création d’une section « Pour vous » dynamique.

Une meilleure personnalisation entraîne plus d’engagement, donc plus de données, et donc une personnalisation encore plus fine : un cercle vertueux.

Possédez votre appli radio, ne la louez pas

Voici la différence stratégique : posséder et contrôler votre appli, ou utiliser une solution « clé en main ».

Pensez Playmobil contre Lego : Playmobil vous donne des éléments tout faits ; Lego vous donne des briques pour construire ce que vous voulez.

Les applications en marque blanche sont rapides et normalement peu coûteuses, mais voici ce que vous perdez :

  • Données limitées : tableaux de bord standardisés sans suivi de parcours ou intégration CRM/ad server.
  • Pas d’optimisation réelle : impossible de lancer des tests A/B ou des expériences par cohortes.
  • Personnalisation faible : options génériques, pas contextuelles.
  • Monétisation restreinte : pas d’intégration d’outils publicitaires externes.
  • Aucune innovation UX : pas de navigation unique ou de parcours différencié comme La Matinale du Monde et ses swipes.

Et surtout, vous perdez le contrôle stratégique : le calendrier de mise à jour, les fonctionnalités, les intégrations… tout dépend d’un tiers.

Les radios qui réussiront traitent leur application comme un actif stratégique :

  • elles construisent ou détiennent leur propre stack technique (en interne ou avec un partenaire durable) ;
  • elles investissent dans les talents produits et techniques ;
  • elles gèrent l’appli comme un produit, pas un projet ;
  • elles planifient l’amélioration continue et les évolutions UX.

La BBC n’a pas construit BBC Sounds sur un modèle tout prêt. Elle a investi dans une application distinctive. Résultat : plus de 5 millions d’utilisateurs actifs par semaine.

Comment faire télécharger votre application radio

Voici la réalité : la plupart des gens ne téléchargeront pas votre appli pour un contenu qu’ils ne connaissent pas encore. L’« app fatigue » est réelle.

Mais cela ne condamne pas votre stratégie. Il faut simplement une approche intelligente.

Attirer via les plateformes tierces, puis convertir

Le parcours commence sur les plateformes :

  1. Découverte sur Spotify, Apple Podcasts, YouTube…
  2. Confiance via un contenu de qualité.
  3. Migration ou rapatriement quand vous offrez une vraie raison de télécharger votre appli.

La clé : le windowing.
Le New York Times diffuse The Daily partout pendant quelques jours avant de le rendre exclusif à son propre service audio. Radio France publie ses émissions sur toutes les plateformes pendant sept jours, puis réserve les archives à son appli.

Le windowing peut être :

  • temporel (accès anticipé, archives exclusives) ;
  • par plateforme (contenus bonus uniquement sur votre appli).

Bien fait, il récompense vos auditeurs fidèles. Mal fait, il les frustre. La différence : offrir une vraie valeur, pas simplement retirer du gratuit.

Stratégies de croissance

Une fois le contenu en place et la valeur claire, il faut travailler la découvrabilité.

Optimisation App Store (ASO)
Les stores sont des moteurs de recherche :

  • titre clair avec mots-clés (« Nom de la station – Radio, Podcasts & Musique ») ;
  • champ de mots-clés (iOS) adapté à votre marché (votre région si vous êtes une radio locale par exemple);
  • description et visuels qui montrent la valeur immédiatement ;
  • avis positifs et mises à jour régulières.

Acquisition payante
Investissez quand la valeur vie (LTV) dépasse le coût par installation (CPI).

  • Apple Search Ads ou Google App Campaigns ;
  • publicités sociales (Meta, TikTok) ;
  • retargeting display.

Suivez le coût par installation (CPI – Cost Per Install) par rapport à la valeur vie (LTV – LifeTime Value) d’un auditeur. En règle générale, si la LTV est au moins trois fois supérieure au CPI, l’acquisition payante est rentable.

Cross-promotion
Utilisez tous vos canaux existants :

  • mentions à l’antenne ;
  • newsletters ;
  • réseaux sociaux ;
  • site web et QR codes.

Faites la promotion de votre application, pas de votre fréquence.

Une appli ou plusieurs ?

Pour les groupes multi-marques ou les radios disposant de nombreuses webradios, le choix est stratégique.

Une seule application fonctionne mieux si vos marques partagent un ADN commun : elle renforce la visibilité et concentre téléchargements et évaluations.

Chez Babbel, nous avons testé 14 applis (une par langue) contre une app unique avec 14 langues à apprendre. L’appli unifiée a systématiquement mieux performé, car les téléchargements et avis étaient concentrés, améliorant la visibilité dans les stores.

Utilisez plusieurs applications seulement si vos marques et audiences sont radicalement différentes : par exemple, une station musicale pour jeunes vs une station info/classique.

Évitez de mélanger audio et vidéo dans une seule application : les usages, métadonnées et attentes sont trop différents.

La voie à suivre

Placer votre application radio au cœur de votre stratégie numérique ne signifie pas abandonner Spotify ou Apple Podcasts. Cela signifie créer de la résilience, maîtriser la relation avec l’audience et construire un modèle durable.

Principes clés :

  1. Reconnaître le changement : la consommation se fait sur smartphone.
  2. Réduire la dépendance aux plateformes : les utiliser pour la découverte, pas pour le contrôle.
  3. Investir dans votre appli : générateur de données, plateforme de monétisation, laboratoire d’innovation.
  4. La posséder : les solutions génériques limitent vos capacités.
  5. Utiliser des stratégies intelligentes : windowing, ASO, acquisition payante, cross-promotion.
  6. Choisir avec cohérence : une application ou plusieurs selon vos audiences.

L’« app fatigue » est réelle. Mais la valeur d’une audience que vous possédez l’est encore plus. Les radios qui réussiront sauront combiner plateformes tierces et app propriétaire, tout en faisant de cette dernière la destination finale.

Votre application n’est pas un canal de plus. C’est votre moteur de données, votre laboratoire d’innovation, votre plateforme de monétisation et votre assurance contre la dépendance aux plateformes.

Dans un monde où l’application est l’avenir de la consommation audio, la posséder n’est pas une option. C’est une nécessité absolue.

Your Radio App at the Center of your Digital Strategy

By Audio Distribution, Radio Digital Transformation

Everything has moved to the smartphone. You read the news, check the weather, manage your bank account, order a taxi, and watch videos – all through apps.

Audio is no exception.

In Germany, 79% of youth households still have a radio receiver, but less than a third of young people actually own one. They don’t need it. They have a smartphone.

Ask a group of students if they own an FM receiver or know what 99.8 FM means. The blank stares tell you everything.

Habits formed in youth stick. This generation is not temporarily skipping traditional media; they are forming entirely different consumption patterns built around smartphones and apps.

As a medium, to exist you need to be where people are. And people – especially younger audiences – are on their smartphones, in apps.

Be there with your app, not someone else’s

Just as you once needed an FM transmitter to exist in broadcast radio, you now need an app to exist in digital audio. It is mandatory infrastructure.

Yet many organizations get it wrong: they think being on Spotify, Apple Podcasts, or YouTube is enough. It is not.

Ask yourself three questions:

  1. Revenue concentration: What percentage of your digital revenues comes from a single platform like Spotify? Over 70%? That’s high risk.
  2. Audience access: Do you have direct contact info for more than 20% of your audience? If not, you don’t really “own” them.
  3. Discovery dependence: If your main platform removed your content tomorrow, how long would it take to rebuild half your audience?

The digital audio landscape has consolidated into an oligopoly. Apple Podcasts, Spotify and YouTube control most consumption. These platforms follow a predictable playbook: free distribution at first, algorithmic curation, then commissions and ultimately competing with their own content.

Recent examples speak for themselves. Spotify’s 2023 podcast discovery changes virtually wiped out entire categories of creators overnight. AppGratis, a popular discovery platform with 12 million users, lost everything when Apple removed it from the App Store in 2013.

Platform dependency is not only risky; it is incompatible with building a sustainable business.

You need third-party platforms for reach and discovery. But you need your own app as your hub, your foundation, your insurance policy.

Your radio app is core. It’s your hub

According to Jacobs Media Techsurvey 2023, listeners using a station’s owned app show 42% higher brand loyalty than those using third-party platforms only. But that loyalty only matters if your app delivers real value.

Data: Measure What Actually Happens

The most compelling reason to own your app is data quality and depth.

Third-party platforms give you limited aggregate data. Your own app lets you:

  • Build rich listener profiles
  • Understand detailed behavior patterns by segment
  • Track conversion and retention
  • Calculate precise metrics such as Day 1/7/30 retention or DAU/MAU ratios

This level of insight allows optimization that no external dashboard can match. You can see where listeners drop off, what drives return visits, and which content converts first-time listeners into regulars. These are essential metrics for sustainable growth.

Advertising: Go Beyond Audio Ads

Owning your app transforms monetization. You are no longer limited to audio ads. You can add:

  • Display formats (banner, interstitial, native)
  • Video formats (pre-roll, rewarded video)
  • Affiliate marketing and e-commerce integrations

These formats command higher CPMs because they are visual, clickable and measurable. They tap into massive budgets that do not usually flow to audio.

Perhaps most importantly, your own app lets you participate in programmatic advertising – automated, real-time bidding where advertisers buy inventory in milliseconds based on device, location, and listening history. You move from selling bulk spots to selling targeted, optimizable impressions that compete with digital video and display.

Experimentation: The Perfect Test Environment

Your owned app is also your best innovation sandbox. You can test new formats, growth mechanics, or monetization models, and measure everything. Third-party platforms decide their own rules and release cycles; your app gives you full freedom to experiment.

Personalization: Deliver at Scale

Personalization operates on two levels only owned apps can fully exploit:

  • Content personalization: Weather forecasts become local. Traffic updates reflect real commute routes. News bulletins prioritize regional stories. This makes content much more valuable to each listener with minimal additional production effort.
  • Recommendation personalization: Suggest shows based on listening history and completion rates, show different content by time of day, build “For You” sections that adapt automatically.

Better personalization means better engagement. More engagement generates more data. More data fuels even better personalization. A virtuous cycle.

Own it – Don’t use a generic app built by someone else

Here lies the strategic distinction: owning and controlling your app versus using off-the-shelf white-label solutions.

Think of it like Playmobil versus Lego. Playmobil gives you ready-made pieces; Lego gives you blocks to build anything.

White-label radio apps are fast to launch and low-investment, but here is what you sacrifice:

  • Limited data depth: Pre-configured dashboards with standard metrics. You cannot track specific user journeys or integrate with your CRM or ad server.
  • No real optimization: You cannot run cohort experiments or meaningful A/B tests.
  • Weak personalization: Features are generic, not context-aware.
  • Restricted monetization: No access to third-party SDKs or advanced integrations.
  • No UX innovation: You cannot build unique discovery flows or swipe navigation like Le Monde’s La Matinale app.

Most importantly, you give up strategic control. Your update schedule, feature roadmap and integration options are in someone else’s hands.

Organizations that will thrive treat their radio app as a strategic asset:

  • Build or own your tech stack, in-house or with a long-term development partner
  • Invest in product and engineering talent
  • Treat the app as a product, not a project
  • Plan for continuous improvement, updates and UX innovation

The BBC did not build BBC Sounds from a template. They invested in something distinctive. The result: more than 5 million weekly active users.

How to get people to download your radio app

Here is the hard truth: most people will not download your app for content they have never tried. App fatigue is real and users must be convinced before installing yet another app. That does not mean an app strategy is doomed. It means you need a smart approach.

Attract Through Third-Party Platforms and Apply Windowing

The funnel starts on third-party platforms:

  1. Discovery happens on Spotify, Apple Podcasts, or YouTube.
  2. Trust is built through great content.
  3. Migration happens when you give listeners a reason.

Windowing is the key.
The New York Times releases The Daily everywhere for a few days before moving it behind its own paywall. Radio France publishes new shows on all platforms for 7 days, then keeps archives exclusive to its app.

Windowing can be platform-exclusive (bonus content only on your app) or time-exclusive (early access or full archives).

Done well, it rewards superfans and builds loyalty. Done poorly, it frustrates users. The difference lies in whether your app adds real value beyond what is free elsewhere.

App Growth Strategies

Once you have valuable content and reasons to download, you need to drive discovery:

App store optimization (ASO)
App stores are search engines. Optimize them like one:

  • Title with clear keywords (“Station Name – Radio, Podcasts & Music, etc.”)
  • Keyword fields (iOS) using relevant, high-volume terms (your region if you are a local station)
  • A strong description and visuals showing the value instantly
  • Positive ratings and regular updates

Paid user acquisition
Invest smartly when lifetime value exceeds acquisition cost.

  • Apple Search Ads or Google App Campaigns
  • Social ads on Meta or TikTok
  • Retargeting through display

Track Cost Per Install (CPI) versus the lifetime value (LTV) of a listener. As a rule of thumb, if LTV > 3x CPI, paid acquisition makes sense.

Cross-promotion
Use every channel you own:

  • Mentions on air
  • Email newsletters
  • Social media
  • Website banners and QR codes

Promote your app, not your frequency.

One radio app or several?

For groups with multiple brands, or for radios with plenty of additional webradios, the decision is strategic.

One app works if your brands share similar DNA and target audiences. It strengthens your presence and concentrates reviews and rankings.

At Babbel, we tested 14 single-language apps versus one unified app. The unified version consistently outperformed because downloads and reviews were concentrated, improving store visibility.

Use separate apps only when brands are radically different – for example, a youth-music station versus a classical-news channel.

Avoid mixing radio and video in a single app. They require different interfaces and metadata. Mixing them usually leads to messy experiences.

The Path Forward

Having your app at the center of your digital strategy is not about abandoning Spotify or Apple. It is about creating strategic resilience, owning audience relationships, and building sustainable business models.

Key principles:

  1. Recognize the shift: consumption happens on smartphones.
  2. Reduce platform dependency: use third-party platforms for discovery, not for control.
  3. Invest in your app as your core asset: your data engine, monetization platform, and innovation lab.
  4. Own it: white-label solutions limit you.
  5. Use smart migration strategies: windowing, ASO, paid acquisition, cross-promotion.
  6. Decide strategically: one app or several based on your content and audience.

App fatigue is real. So is the value of owning your audience relationship. The organizations that thrive will integrate both owned and third-party platforms while ensuring their app remains the ultimate destination.

Your app is not just another distribution channel. It is your data engine, innovation lab, monetization platform and insurance against platform dependency.

In a world where the app is the future of audio consumption, owning it is not optional. It is imperative.

Le dilemme de l’innovateur appliqué à la radio

By Radio Digital Transformation

Clayton Christensen, professeur à la Harvard Business School, a marqué l’histoire du management avec un concept simple mais implacable : le dilemme de l’innovateur.
Selon lui, les leaders échouent non pas parce qu’ils sont mauvais, mais parce qu’ils ignorent ce qui paraît insignifiant.

Autrement dit, ce ne sont pas les concurrents établis qui détrônent les géants… mais des usages émergents, d’abord marginaux, qu’ils refusent de prendre au sérieux.

Clayton Christensen, professeur à la Harvard Business School, a marqué l’histoire du management avec un concept simple mais implacable : le dilemme de l’innovateur.
Selon lui, les leaders échouent non pas parce qu’ils sont mauvais, mais parce qu’ils ignorent ce qui paraît insignifiant.

Autrement dit, ce ne sont pas les concurrents établis qui détrônent les géants… mais des usages émergents, d’abord marginaux, qu’ils refusent de prendre au sérieux.

YouTube : de gadget à géant

Prenez YouTube.
Il y a dix ans, beaucoup le considéraient comme périphérique, un repaire de vidéos amateurs sans réelle valeur. Aujourd’hui, YouTube redéfinit ce que « regarder », « écouter » et « être influenceur » signifient. Pour toute une génération, c’est devenu la première plateforme de consommation de contenus, bien avant la télévision ou la radio.

Ce qui semblait marginal est devenu central.

La radio face au même dilemme

Et la radio dans tout ça ?

Plus de 90 % de ses revenus reposent encore sur la FM.
Confortable, oui. Pérenne, non.

Car les usages changent vite. Les auditeurs veulent consommer l’audio en mode à la demande : podcasts, replays, streaming, algorithmes de recommandations. Ce n’est pas une tendance passagère, mais une transformation profonde des attentes.

Le vrai choix des dirigeants radio

La question n’est pas de savoir si la FM va décliner.
Elle est de savoir quand et à quelle vitesse.

Les dirigeants radio se trouvent face à un dilemme clair :

  • Rester dans la zone de confort FM : protéger les revenus d’aujourd’hui, mais risquer une lente érosion.

  • Miser sur le numérique : prendre des risques, mais préparer les revenus de demain.

Le danger n’est pas Spotify ou YouTube en tant que concurrents.
Le vrai danger, c’est de croire que la FM suffira encore longtemps.

Transformer avant qu’il ne soit trop tard

Comme l’a montré Christensen, les leaders échouent rarement par manque de talent ou de moyens. Ils échouent parce qu’ils n’osent pas tourner le dos à ce qui a fait leur succès passé.

Pour les radios, la fenêtre est étroite. Miser sur l’audio numérique n’est pas une option « à côté », c’est la seule manière d’assurer la pérennité d’un média qui a toujours su se réinventer.

La télévision a dû se réinventer. La radio n’y échappera pas.

By Radio Digital Transformation

« Nous devrions arrêter de nous limiter en nous appelant des dirigeants du câble qui produisent du contenu pour le câble. Cela disparaîtra tôt ou tard. Ce que nous sommes tous, ce sont des créatifs. Nous produisons du contenu, ensuite nous le diffusons sur différents supports et l’audience choisit de le regarder, de l’écouter ou de le vivre, selon l’endroit où elle préfère le consommer. »

— Kathleen Finch, ex-CEO des chaînes Warner Bros Discovery

Ce constat ne s’applique pas seulement à la télévision.
Il s’applique tout autant à la radio.

De la diffusion à la création

Pendant des décennies, l’identité des radios s’est confondue avec la diffusion hertzienne. Mais dans un monde de plus en plus dominé par le streaming et l’audio à la demande, l’essentiel n’est plus la fréquence FM. L’essentiel, c’est le contenu.

Les auditeurs ne veulent plus attendre qu’une grille décide pour eux. Ils veulent accéder à vos programmes quand ils veulent, où ils veulent, comme ils veulent. C’est exactement la même bascule qu’a connue la télévision, passée du rendez-vous du prime time à l’instantanéité de Netflix.

Le piège du statu quo

S’accrocher à la diffusion traditionnelle, c’est confondre assurance et stratégie. La FM et le DAB peuvent rester utiles en cas de crise ou de coupure réseau, mais ils ne répondent plus aux attentes quotidiennes des auditeurs. Comme je l’explique dans Transformation Numérique de la Radio – Guide Pratique, continuer à considérer la diffusion linéaire comme le cœur du métier, c’est céder à ce que les psychologues appellent l’effet Einstellung : la tendance à répéter ce qui a fonctionné hier, même quand ce n’est plus adapté.

Une transformation radicale, pas un ajustement

Réussir ne signifie pas seulement distribuer ses programmes sur Spotify ou lancer une application de rattrapage. Cela exige de repenser le rôle même de la radio :

  • Produire des contenus pensés pour l’audio à la demande, pas simplement recyclés.

  • Réorganiser les équipes et les incitations pour que le numérique ne soit plus un projet annexe.

  • Mesurer ce qui compte vraiment : l’engagement, la durée d’écoute, la rétention, la conversion en revenus.

La question n’est plus « si », mais « à quelle vitesse »

La télévision a mis du temps à reconnaître l’ampleur du streaming, mais une fois le basculement enclenché, tout s’est accéléré. La radio suit la même trajectoire. « Graduellement, puis soudainement » : la formule s’applique ici aussi.

L’avenir appartient à ceux qui auront le courage d’agir tôt, de prendre des risques et de placer le numérique au cœur de leur stratégie.

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